L’annonce d’un futur Parc Dragon Ball dans le Val-d’Oise a suscité un enthousiasme immédiat, mais aussi de nombreuses interrogations. Derrière l’effet de surprise se dessinent pourtant des tendances de fond qui traversent aujourd’hui toute l’industrie mondiale des loisirs : investissements records, montée en puissance des licences, diversification des stratégies saoudiennes, concurrence accrue entre destinations touristiques et recherche de nouveaux modèles économiques. Au-delà de la licence Dragon Ball elle-même, ce projet interroge la capacité de la France à accueillir une nouvelle destination de loisirs d’envergure internationale et à transformer une annonce spectaculaire en réalisation concrète.


Une fin d’un été marqué par la chaleur, le souvenir des terribles incendies, la perspective d’une rentrée encore bien chargée et … cette incroyable annonce !

Depuis ce tweet Présidentiel annonçant la création – sans calendrier ni détail – de trois parcs d’attractions sur le site de l’ancien Mirapolis, on ne compte plus les articles, podcasts et débats sur le sujet ! Et tant mieux.

Au-delà du sujet de fond, quel plaisir tout d’abord de voir notre secteur aussi commenté, analysé et débattu ! De l’appréhender au travers de toutes ses dimensions : économiques, territoriales, sociales, techniques, culturelles mais aussi politiques et internationales !

La lecture de ces nombreuses publications et la contribution à certaines d’entre elles m’ont incité à formuler quelques réflexions personnelles que je souhaitais partager ici.

Un contexte d’investissements records et généralisés dans le secteur des sites de loisirs 

Tout d’abord, il est important d’avoir en tête que l’actualité de l’industrie des sites de loisirs est marquée par des investissements récurrents et considérables ces dernières années. Ils se traduisent notamment et de manière très visible par de nouvelles offres et par un renouvellement majeur des anciennes.

Exemples :  

  • De tous nouveaux parcs livrés, en développement, annoncés : Universal Epic Universe (ouvert), Universal UK Resort (confirmé, en développement), Disneyland Abu Dhabi (annoncé). 
  • De nouvelles zones et attractions : rien qu’en Europe, Disney Adventure World ouvert cette année, Parc Astérix ou Efteling qui programment les plus gros investissements de leur histoire, Energylandia (Pologne) qui construit sa … vingtième montagne russe en douze ans d’exploitation.
  • Et des nouveautés dans la plupart des parcs régionaux français cette année : WinnolandFraispertuis City, OK Corral,… pour ne citer qu’eux 
  • Même les parcs italiens qui n’ont rien construit depuis des années annoncent des nouveautés ! 

La recette fonctionne bien désormais. Les nouveautés augmentent l’attrait et la capacité d’un parc, elles augmentent quasi mécaniquement la fréquentation et la chalandise, génèrent un besoin en hébergement pour des courts séjours. Elles permettent parfois des saisons plus longues avec des ouvertures hivernales dans de plus en plus de parcs. 

Il y’a tout de même des limites. En France les parcs d’attraction restent encore pour l’essentiel très météo dépendants, tant sur les précipitations que sur les fortes chaleurs. De plus, les saisons n’étant plus extensibles et les évènements annuels étant désormais bien structurés, les réserves de croissance des parcs impliquent en grande partie l’augmentation de la Dépense par Visiteur, ce qui n’est pas toujours évident dans un contexte de pouvoir d’achat réduit. Une stratégie de diversification peut alors s’avérer essentielle. 

Du coté des loisirs de proximité indoor, le bilan des investissements connait une dynamique comparable, même si les moteurs de fréquentation et d’économie sont différents avec un ancrage beaucoup plus local. On a ainsi noté l’ouverture de quelques-uns des plus grands FEC (multi-activités indoor de 3 000 à 10 000 m²) ces dernières années en France dans des contextes territoriaux très variés (Speed Park, Nikito, Planet’Aire, Monky, Karrousel, Woody,…) et d’autres sont encore programmés dans les années qui viennent. 

Un changement de stratégie loisirs pour l’Arabie saoudite ? 

Si un nouvel investissement dans ce contexte favorable n’est pas, en soi, surprenante, l’annonce de cet investissement dans un projet de parc à thème en France soulève également une question stratégique : s’inscrit-elle dans la continuité de la politique de développement touristique du royaume ou marque-t-elle au contraire une évolution de sa doctrine d’investissement ?

Ces dernières années, l’Arabie saoudite s’est imposée comme l’un des investisseurs les plus ambitieux de l’industrie mondiale des loisirs. Le projet le plus emblématique reste sans doute Qiddiya, gigantesque destination de divertissement actuellement en développement aux portes de Riyad tel un nouveau Las Vegas. Souvent présentée comme une future capitale régionale du loisir et du tourisme, la destination accueille déjà ses premiers équipements majeurs avec Six Flags Qiddiya City et le parc aquatique Aquarabia, tous deux positionnés sur des standards internationaux particulièrement élevés d’après leurs premiers visiteurs.

Cette stratégie s’accompagne également du développement du réseau SEVEN, vaste programme de destinations de loisirs indoor déployées dans plusieurs villes du royaume afin de structurer une offre de proximité à grande échelle.

Jusqu’à présent, l’essentiel des investissements saoudiens dans les loisirs visait principalement le marché domestique. L’hypothèse d’un investissement majeur en France peut donc être interprétée comme une diversification géographique de cette stratégie. 

Il faut dire que plusieurs interrogations demeurent quant à la capacité du marché local à absorber, à lui seul, les très nombreux projets actuellement programmés. Le tourisme saoudien est en forte croissance, mais les investissements engagés sont d’une ampleur rarement observée dans l’industrie et ce alors que l’échec du projet Dubaïland avec ses parcs d’attractions de classe mondiale restés à l’état de chantier sont encore dans toutes les mémoires. Les contraintes climatiques constituent également un facteur à prendre en compte. Durant une grande partie de l’année, les températures limitent fortement l’exploitation des équipements extérieurs, certains parcs privilégiant ainsi des ouvertures principalement en soirée. Pour s’adapter à ce contexte, Abu Dhabi a par exemple plutôt misé sur des destinations 100% indoor (Warner Bros World, Sea World,…)

À cela s’ajoutent des considérations géopolitiques plus larges. L’attractivité touristique d’une destination se construit sur plusieurs décennies et nécessite un environnement perçu comme stable par les visiteurs internationaux. Les tensions régionales observées ces dernières années ont parfois rappelé que cette trajectoire n’était pas exempte de risques. Le report du premier grand salon IAAPA prévu dans la région a notamment pu illustrer les incertitudes auxquelles peuvent être confrontés certains acteurs internationaux. 

Dans le même temps, le ralentissement ou le redimensionnement de plusieurs méga-projets, dont Neom, pourrait conduire à une réallocation partielle des ressources financières vers d’autres initiatives. Dans cette perspective, les marchés européens apparaissent comme des territoires plus matures, plus prévisibles et potentiellement plus rassurants pour des investisseurs souhaitant diversifier leurs actifs.

Le choix d’un projet entièrement nouveau mérite également d’être souligné. Contrairement à d’autres fonds souverains du Golfe, l’Arabie saoudite ne semble pas privilégier une prise de participation dans des opérateurs existants. À titre de comparaison, Mubadala, le fonds souverain d’Abu Dhabi, a détenu une participation dans le Groupe Looping avant sa cession à PAI Partners en 2023 et s’apprête à prendre le contrôle de Pierre & Vacances–Center Parcs. Avec ce projet, l’approche paraît différente : il ne s’agit pas de racheter une destination existante mais de créer un nouvel actif touristique à partir d’une feuille blanche.

À ce titre, le projet dépasse probablement la seule logique de rentabilité financière. Comme de nombreux investissements saoudiens récents dans le sport, le tourisme ou le divertissement, il s’inscrit également dans une stratégie plus large d’influence, d’image et de rayonnement international. Une dimension qui renvoie autant aux enjeux du loisir qu’à ceux du soft power. 

Un succès général des expériences sous licence 

L’annonce d’un parc sur des licences manga, Dragon Ball ou autres, s’inscrit également dans une tendance de fond qui dépasse largement le seul secteur des parcs d’attractions et des loisirs indoor. Les expériences de loisirs adossées à des licences n’ont jamais été aussi nombreuses. 

Les deux leaders mondiaux du secteur, Disney et Universal, ont bâti leur succès sur l’exploitation d’univers issus du cinéma, de la télévision ou des franchises de divertissement à grand budget. D’autres groupes ont suivi la même voie. En Europe, Plopsaland et les parcs indoor Majaland se sont développés autour des personnages et licences du groupe belge Studio 100

Du côté des médias et des producteurs de contenus, les loisirs deviennent progressivement une extension naturelle de l’activité. Netflix a ainsi lancé ses premiers espaces permanents « Netflix House » tandis que plusieurs acteurs français ont renforcé leur présence dans le secteur. Le parc Kingoland est désormais détenu par les éditions Bayard et La Boîte aux Enfants, exploitant de plusieurs centres de loisirs familiaux indoor (Gulli Parc), appartient désormais au Groupe M6

L’objectif est simple : prolonger la relation avec le public au-delà de l’écran, du livre ou de la plateforme numérique. Les loisirs offrent une expérience physique, immersive et mémorable que les autres médias ne peuvent pas toujours proposer. 

Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement les détenteurs de contenus. De nombreuses grandes marques utilisent également les loisirs comme un outil de communication, de diversification ou de valorisation de leur univers. 

Lego en constitue probablement l’exemple le plus abouti avec plusieurs parcs Legoland à travers le monde ainsi que d’un vaste réseau de Legoland Discovery Centres, parcs indoor implantés en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Un projet de parc Legoland avait même été annoncé puis abandonné à Charleroi en Belgique il y a trois ans. 

Ferrari a également développé sa présence dans les loisirs avec Ferrari World à Abu Dhabi et Ferrari Land à Port Aventura. Mattel suit désormais une trajectoire similaire avec plusieurs projets de parcs d’attractions, parcs aquatiques et de destinations de loisirs actuellement annoncés aux États-Unis. 

Les licences les plus fortes ne se contentent plus d’exister sur papier ou sur écran : elles cherchent désormais à devenir des destinations à part entière. Dans ce contexte, l’arrivée d’un parc misant sur une licence forte plutôt qu’une pure création apparait donc plutôt logique et naturelle. 

Une licence iconique, mais suffisante pour porter une destination entière ? 

Si la notoriété de Dragon Ball est évidente, surtout en France, la question de sa capacité à porter un parc ou une destination de loisirs méritait d’être être posée lors de l’annonce. Et aujourd’hui d’autant plus que cette semaine, les ayant droit du manga ont souhaité se détacher du projet en confirmant que leur accord ne portait que sur le parc saoudien.

Pour engendrer un parc d’attractions, une licence doit réunir de nombreuses caractéristiques. Elle doit bien sûr disposer d’une communauté de fans importante, mais également rester vivante au fil des années grâce à de nouvelles productions, de nouveaux personnages et de nouvelles générations de visiteurs. Le développement d’un parc nécessite , dans un pays comme la France, cinq à dix ans entre les premières études et l’ouverture effective. L’univers retenu doit donc conserver toute sa pertinence à long terme, un exercice particulièrement délicat dans un secteur culturel où les modes et les références évoluent rapidement. 

Dragon Ball possède cette profondeur. Quarante ans après sa création, la franchise continue de bénéficier d’une audience mondiale et de toucher de nouveaux publics. Mais un thème, aussi populaire soit-il, est-il suffisant pour justifier à lui seul un parc complet ? 

L’observation du marché mondial invite à la prudence. Même Harry Potter, souvent considéré comme l’une des licences les plus puissantes de l’industrie du divertissement, ne dispose pas de son propre parc d’attraction. Universal lui a consacré des zones spectaculaires qui comptent parmi les meilleures réalisations jamais produites dans le secteur, mais celles-ci s’intègrent au sein de destinations bien plus larges. 

De manière générale, les grands parcs à thème reposent sur la coexistence de plusieurs univers afin de multiplier les expériences, renouveler les publics et limiter la dépendance à une seule propriété intellectuelle. Dans cette logique, un ensemble de licences manga ou plus largement issues de la culture populaire asiatique apparaît bien plus cohérent qu’une seule franchise, aussi forte soit elle.

L’industrie fournit déjà plusieurs exemples de cette approche appliquée à l’univers culturel asiatique :

  • Universal a développé les zones Super Nintendo World au Japon et en Floride.
  • Le PokéPark Kanto accueille l’univers des Pokémon à Yomiuriland au Japon
  • Plus proche de chez nous, le Parc Spirou accueille désormais une attraction sous licence Naruto.

Dans la plupart des cas, ces univers prennent la forme de lands ou d’attractions dédiées plutôt que de parcs entièrement construits autour d’une seule franchise.

Quelques exceptions existent. Sanrio Puroland, près de Tokyo, est entièrement consacré à l’univers Hello Kitty et aux personnages de Sanrio. Mais il s’agit d’un parc indoor de taille relativement modeste, situé sur son marché domestique où la marque bénéficie d’un ancrage culturel exceptionnel.

Pour autant, Dragon Ball constituait probablement la licence idéale pour annoncer un projet de cette nature. Sa notoriété mondiale, sa popularité en France et sa capacité à fédérer plusieurs générations de fans lui garantissent une visibilité immédiate. L’annonce a d’ailleurs largement circulé bien au-delà du cercle habituel des professionnels des loisirs. Elle a d’ailleurs peut être constitué un test grandeur nature avant de mettre au point la véritable convention !

Reste qu’à mesure que le projet se précisera, la question de son périmètre thématique se posera inévitablement. Plusieurs univers seront nécessaires pour construire une destination de grande ampleur, cela supposera également de négocier d’autres licences, de coordonner plusieurs ayants droit et de concevoir une offre plus complexe. Un défi supplémentaire pour un projet qui ne manque déjà pas d’ambition !

Symbole d’une localisation dans un environnement désormais multi-parc 

Le choix du Val-d’Oise pour accueillir le futur parc n’est pas anodin. Il porte même une dimension symbolique particulière pour l’industrie française des loisirs.

Ce territoire a déjà connu les plus grands espoirs comme les plus grandes désillusions. D’un côté, Mirapolis, dont l’ouverture en 1987 incarnait l’ambition de créer un grand parc à thème francilien capable de rivaliser avec les meilleures destinations européennes. De l’autre, Europacity, projet emblématique des années 2010 finalement abandonné en 2019 après plusieurs années de débats.

L’annonce du Parc Dragon Ball intervient également dans un contexte où l’Île-de-France semble progressivement devenir une véritable région multi-parcs. Le marché est aujourd’hui dominé par Disneyland Paris, mais le Parc Astérix et le Jardin d’Acclimatation ont eux aussi franchi un cap ces dernières années, avec des investissements importants et une volonté affichée d’élargir leur zone de chalandise. 

La question d’un quatrième parc d’envergure régionale n’est donc pas nouvelle. Mirapolis aurait pu incarner cette place s’il avait perduré. Mais d’autres projets ont également tenté de s’implanter mais sans pour autant voir le jour : 

  • Dans les années 1980, Universal avait étudié une implantation à Sénart avant de finalement concentrer ses investissements sur PortAventura en Espagne.
  • Quelques années plus tard, le groupe Walibi rachète Babyland à Saint-Pierre-du-Perray avec l’ambition d’y développer un nouveau parc de loisirs. Le projet sera finalement abandonné et le site poursuivra son histoire sous le nom de Winnoland. 

L’histoire semble ainsi se répéter ! Depuis quarante ans, l’Île-de-France apparaît suffisamment attractive pour susciter des projets de grande ampleur, mais suffisamment complexe pour empêcher parfois leur concrétisation. Le futur parc pourrait être le premier à franchir cet obstacle et à confirmer que le marché francilien est désormais capable d’accueillir un nouvel acteur majeur aux côtés de ses locomotives historiques. 

Une reconnaissance du savoir-faire français des loisirs 

Les débats qui ont suivi l’annonce du projet se sont largement concentrés sur son intégration territoriale, les infrastructures nécessaires ou encore les contreparties économiques et environnementales susceptibles d’être demandées aux investisseurs. 

Ces questions sont légitimes pour un projet de cette ampleur et elles appartiennent au débat public et à l’action politique. 

Elles ne doivent cependant pas masquer un autre enseignement : le choix de la France constitue également une forme de reconnaissance pour l’ensemble de la filière nationale des loisirs. 

La France accueille déjà certaines des destinations les plus visitées d’Europe et dispose d’un écosystème particulièrement développé de concepteurs, bureaux d’études, constructeurs, exploitants, fournisseurs spécialisés et organismes de formation. Derrière les attractions et les décors se cache une chaîne de compétences particulièrement riche, capable d’intervenir sur toutes les étapes d’un projet, de la conception à l’exploitation. 

L’annonce de cette nouvelle destination rappelle ainsi que la France n’est pas seulement un marché de consommation du loisir, mais également un territoire reconnu pour son expertise dans ce domaine.

Un équilibre économique à construire 

Comme tout projet touristique majeur, la réussite du futur complexe dépendra avant tout de son modèle économique. 

La concurrence est particulièrement intense en Île-de-France, avec Disneyland Paris qui poursuit son renouvellement, le Parc Astérix qui enchaîne les investissements records et l’arrivée annoncée d’Universal Studios au Royaume-Uni, à moins de deux heures d’avion de la capitale française. Dans ce contexte, la capacité du projet à trouver sa place dans le paysage européen sera déterminante. 

Les coûts associés à une destination sous licence sont également particulièrement élevés. Les investissements initiaux doivent intégrer les droits liés aux propriétés intellectuelles, tandis que les conditions de travail françaises contribuent à renchérir les coûts d’exploitation. La rentabilité d’un tel projet se construit donc nécessairement sur le long terme. 

Cette temporalité est toutefois cohérente avec celle d’un investisseur comme le Public Investment Fund saoudien ou les sociétés qui lui sont associées. Ces acteurs raisonnent davantage à l’échelle de plusieurs décennies qu’à celle de quelques exercices comptables. 

Le projet pourrait également bénéficier d’un avantage souvent sous-estimé : l’existence d’un développement parallèle en Arabie saoudite. Concevoir deux destinations reposant sur des principes similaires permet de mutualiser une partie des études, des développements créatifs et des processus de conception. Les adaptations réglementaires, techniques et culturelles resteront importantes, mais une partie du travail aura déjà été réalisée. 

Un programme encore largement ouvert 

Au-delà des annonces initiales, le contenu exact de la destination demeure particulièrement mystérieux. Les premières informations évoquent trois parcs et plusieurs dizaines d’hectares de développement, sans qu’aucun calendrier précis ou phasage opérationnel n’ait encore été communiqué. 

Surtout, la notion de « parc » mérite d’être interprétée avec prudence. Les grandes destinations de loisirs contemporaines ne reposent plus uniquement sur des parcs d’attractions traditionnels. Elles cherchent au contraire à multiplier les types d’expériences afin d’élargir leur clientèle, d’augmenter la durée des séjours et de créer des synergies. Le développement récent de la destination Futuroscope Expériences en est un bon exemple. 

Dans cette logique, les futurs équipements pourraient prendre des formes très diverses : parc aquatique, centre de loisirs indoor, salle de spectacles, infrastructure sportive ou encore équipement dédié à l’esport, un secteur cohérent avec plusieurs orientations déjà observées dans la stratégie saoudienne. 

Une chose paraît néanmoins certaine : si l’ambition est de créer une véritable destination touristique, la seule présence d’attractions ne suffira pas. L’hébergement, la restauration, les commerces et les espaces de loisirs complémentaires seront indispensables pour prolonger le temps passé sur place et attirer des clientèles aux profils variés. 

L’accessibilité constituera également un enjeu majeur. Le site devra intégrer d’importantes capacités de stationnement et, idéalement, bénéficier à terme d’un véritable renforcement de sa desserte ferroviaire. Pour une destination de cette envergure, la question de l’accessibilité sera presque aussi stratégique que celle des attractions. 

Comme souvent, le caractère volontairement vague du programme doit aussi être interprété comme un avantage. Il laisse aux porteurs du projet la possibilité d’ajuster progressivement leur offre en fonction des études de marché, des contraintes réglementaires et des attentes du public. 

Le véritable défi : le calendrier 

Si le programme reste indéfini, le calendrier l’est probablement davantage encore. 

L’histoire récente montre combien il est difficile de mener à bien de grands projets en France, quels que soient les secteurs concernés. Procédures administratives complexes, évolutions réglementaires, recours juridiques, oppositions locales ou changements de majorité politique constituent autant de facteurs susceptibles d’allonger considérablement les délais. 

Pour les investisseurs, le risque n’est pas seulement temporel. Chaque année supplémentaire génère des coûts additionnels, modifie les hypothèses économiques initiales et peut conduire un projet à sortir de la fenêtre de marché qui avait justifié son lancement. 

À ce stade, le principal défi du projet n’est donc peut-être ni technique, ni financier, ni même commercial. Il réside dans sa capacité à maintenir une trajectoire claire pendant plusieurs années malgré les inévitables obstacles qui jalonneront son développement. 

Cette stabilité nécessitera un portage politique fort, mais également une gouvernance clairement identifiée. À l’approche des prochaines échéances électorales nationales, l’incarnation du projet par une personnalité et une équipe dédiées apparaît comme l’une des annonces les plus attendues. Car avant de savoir quand ouvrira le parc, il faudra d’abord savoir qui le portera d’un point de vue opérationnel.


À ce stade, il serait illusoire de prédire le succès ou l’échec du projet. Trop d’inconnues demeurent concernant son contenu réel, son calendrier, son montage financier ou encore son intégration territoriale.

Mais c’est peut-être là l’enseignement principal de cette annonce. En quelques jours, un projet dont on ne connaît encore ni le programme détaillé, ni les porteurs opérationnels, ni les échéances précises a réussi à remettre les loisirs au centre du débat public et même politique. Économie, aménagement du territoire, tourisme, culture populaire, géopolitique, mobilité, environnement : rarement un projet de loisirs aura concentré autant de sujets à lui seul.

Le « Parc Dragon Ball » n’existe pas encore. Pourtant, il a déjà atteint un premier objectif : rappeler que les loisirs constituent désormais une industrie stratégique, capable d’attirer des investissements internationaux majeurs et de participer à la transformation durable des territoires.

Mais il ne doit pas simplement s’agir d’un parc saoudien autour de licences asiatiques. Il doit surtout s’agir d’un parc français, conçu et développé avec une expertise acquise au fil des ans et mettant en avant des objectifs élevés en matière de qualité et de responsabilité sociale et environnementale.

Reste désormais à passer de l’annonce à la réalisation. Et dans un pays où les grands projets sont souvent jugés davantage sur leur capacité à voir le jour que sur leurs promesses initiales, c’est probablement la phase la plus difficile qui commence.

Source image : visuel officiel du projet